pape

Récompense du Pape et avenir de l’Europe

 L’Europe « malade »a-t-elle besoin d’un supplément d’âme pour guérir ?

Vendredi 6 mai 2016, alors que l’Europe est dans une profonde période de remise en cause, les trois principaux membres dirigeants de l’Union Européenne ont organisé la remise du Prix Charlemagne décerné au Pape François, à Rome. 
Le Prix Charlemagne a été créé en 1948 en Allemagne pour distinguer des personnes ayant œuvré pour l’unification européenne.
Martin Schulz (président du Parlement Européen), Jean-Claude Juncker (président de la Commission Européenne) et Donald Tusk (président du Conseil Européen) remercient, avec ce prix, le Pape François, qui s’est particulièrement impliqué sur la question des réfugié-es du Moyen Orient en Europe. 

Quels sont les maux de l’Europe ?

Pour ne citer que les problèmes les plus médiatisés, on observe une hausse du populisme et des partis d’extrême droite comme en France, en Autriche ou en Hongrie, mais aussi, et c’est plus inattendu, en Finlande et au Danemark dont le modèle social était pourtant souvent vanté comme base d’une société apaisée.
On observe aussi un afflux de migrant-es dans des conditions misérables qui constitue une crise humanitaire sans précédent, une gestion de la crise économique par des politiques d’austérité libérales inefficaces ou encore une poussée du terrorisme avec les attentats meurtriers de Paris et Bruxelles.
Les acquis majeurs de l’Europe, ses valeurs fondatrices (rappelées dans le traité de Lisbonne en 2007, à savoir le respect de la dignité humaine, la démocratie, l’égalité, l’état de droit) sont menacées.  

La solution est-elle spirituelle ?

Le Pape Argentin François se démarque de ses prédécesseurs par sa « modernité », certes relative dirons certains.
Mais après son étonnante encyclique Laudato si’ sur l’écologie humaine, ses prises de positions sur la crise migratoire avec notamment la dénonciation du « système d’accueil des réfugié-es qui date de la seconde guerre mondiale » sont remarquables.
Malgré les scandales que connait l’Église, avec l’implication du diocèse de Lyon dans des affaires de pédophilie et le soutien critiquable bien que compréhensible du pape envers Mgr. Barbarin ou avec des mesures de régressions sociales comme la proposition d’interdiction totale de l’IVG en Pologne par les organisations pro-vies, soutenues par l’épiscopat, le Pape apparaît cependant plus ouvert que ses prédécesseurs sur les questions contemporaines, les réalités sociales, économiques et culturelles de notre monde.

Pourtant cette remise de prix suscite des controverses. 

Récompenser une personne, fut elle pape, pour ses prises de positions et ses engagements en faveur de causes humaines, c’est bien. Réagir politiquement et concrètement aux problèmes que connait l’Union aujourd’hui serait mieux.
 Or, la signature en mars 2016 d’un accord pour rapatrier en Turquie les migrants arrivés en Grèce est aussi inquiétante qu’ambiguë, car la Turquie ne respecte pas les clauses de la Convention sur le statut de réfugié de 1951.
L’Union Européenne avait clairement déclaré en 2013 qu’elle ne renverrait des personnes que dans les pays qui appliquent les normes de la convention: les dirigeant-es Européen-nes sont maintenant confronté-es au chantage d’un Erdogan qui, fort des 3 millions de victimes du conflit Syrien qui ont trouvé refuge en Turquie, menace d’expédier vers l’Europe des centaines de milliers de réfugié-es si celle ci maintient ses exigences de modification de la loi antiterroriste de la Turquie comme prévu dans l’accord initial.
 
Remarquons aussi que le Prix Charlemagne est décerné à des personnalités qui ont clairement œuvré pour l’Europe libérale et sont de ce fait  responsables des problèmes que connait l’Union : Juncker, Tusk et Schulz ont reçu ce prix auparavant, ainsi qu’Angela Merkel en 2008 ou l’ancien Président de la Banque Centrale Européenne  Jean-Claude Trichet en 2011. 
Le Pape est une figure qui détonne parmi ces primé-es. Il pourrait représenter la figure d’un changement de cap pour l’Europe.
Mais dans cette logique on peut se demander  quel sort est réservé aux autres candidats qui mériteraient ce prix ? Quel sort pour les acteurs de l’Europe sociale et culturelle ? Quel sort pour les jeunes citoyen-nes européen-nes?

Les initiatives citoyennes sont manifestement moins relayées que les grands discours. 

Un exemple parmi d’autres de ces nombreuses initiatives :
Cinq étudiants londoniens ont créé « CamdenCares », un projet dont le but est d’aider les familles de réfugié-es à s’installer dans le district de Camdenmais aussi d’encourager la diversité et la tolérance.
Ils organisent des matches de football pour les jeunes réfugiés d’Erythrée, d’Afghanistan, du Kurdistan et de Syrie notamment, en collaboration avec le club d’Arsenal.
Ces étudiants ont décidé de monter un projet axé sur les réfugié-es car ils sont eux-mêmes issus de familles d’immigrés. 
Cela permet au district londonien de ne plus être un simple regroupement de quartiers distincts, mais bien un lieu multiculturel. N’est-ce pas une contribution, à petite échelle, d’une Europe multiculturelle et sociale?
Ce n’est pas à la remise du prix au Pape que Casa Nova s’oppose ni à ses prises de positions sur la crise migratoire, mais à l’affligeante hypocrisie des dirigeants européens, qui se déclarent « en manque de solutions politiques» dans cette crise que traverse l’Europe.
En ce début du mois de mai, l’agenda européen doit notamment traiter du refus d’Erdogan de procéder aux modifications de sa loi antiterroriste (comme le prévoit l’accord Union Européenne -Turquie sur les migrants) et de la tenue quasi imminente du référendum au Royaume-Uni sur la sortie du pays de l’Union (« Brexit »). 
Pour la fin de l’année 2016, les dirigeants de l’Union Européenne doivent-ils s’en tenir aux prières en espérant un miracle ou changer aussi de ligne politique pour consolider le recréer un nouveau projet européen dans ses valeurs fondatrices (solidarité, paix et promotion de la culture) ?
Refuser de renverser la table des nombreuses discussions européennes pour en faire enfin un espace de coopération, de progrès humain c’est lui donner l’extrême-onction. 
Casa Nova estime qu’il est temps d’adopter un nouveau traité, remplaçant les anciens, qui contiendra les garanties de la souveraineté des peuples et de la démocratie, la relance économique et la bifurcation écologique, la paix et l’indépendance !
Les dirigeant-es européen-nes regardent ce grand malade dépérir, pensant le soigner en pratiquant les saignées ordonnées par les marchés financiers.
Pensent-ils recevoir le pardon en primant le Pape ?