Rocade land Toulouse, enfumage garanti par Moudenc et Lattes

RocadeLand Toulouse, enfumage garanti

En six mois à peine, la droite toulousaine aura concédé l’inanité complète de son programme démagogique du printemps 2014, dispersé à tous vents (on entend même parler de hausse d’impôts ! Le comble pour des maniaques de la traque à la dépense collective).

Mais il faut bien donner le change et amuser la galerie. Alors on lance des idées « en l’air ». Cela ressemblerait à de l’amateurisme, mais connaissant les concernés on songe plutôt à du cynisme. A moins que ce ne soit un hybride. Possible.

Comme il est de bon sens de constater au pied du mur ce qu’ils niaient pendant la campagne :

-que la troisième ligne de métro, si elle est faisable, ne sera pas là avant que la première ne soit rongée par l’érosion….

-que la « deuxième rocade » est simplement impossible à édifier, et ne servirait à rien s’il s’agissait d’un contournement : personne ne veut contourner Toulouse, au contraire, les personnes qui se déplacent en voiture faute de mieux, veulent y venir.

Messieurs Moudenc et Lattes, les têtes pensantes de cette fine équipe, réfléchissent à peupler le ciel de voitures. Ainsi faudrait-il, disent-ils désormais, doubler la rocade en hauteur. Saturer notre ciel, non seulement de gaz carbonique, mais carrément de véhicules.

Au risque de décevoir les fans des films d’action de Bruce Willis où l’on saute d’une route à l’autre, cette idée est ringarde, dangereuse, et encore une fois opiomane, car elle ne verra pas le jour.

Le catholicisme, disons cela sans offusquer les croyances, a beaucoup influencé on le sait les dirigeants de la droite au capitole. Ils en ont retenu une notion phare : promettre le royaume dans un autre monde, lointain, où les derniers seront les premiers…

Le problème de cette promesse quand elle est transposée en politique (pour la foi, ce n’est pas notre souci, chacun ses croyances), c’est qu’on n’en voit jamais la première lueur. Automobilistes stressés, dans le monde post apocalyptique de Messieurs Moudenc et Lattes, vous serez justifiés, et tout sera enfin fluide…

Le souci est que ces consolations spirituelles ne mènent à rien ici-bas.

En premier lieu, ce serait très coûteux et l’État n’honore pas ses engagements déjà souscrits. Il a fallu dix ans pour que le pont qui relie Labège, somme toute modeste au regard d’un doublement de la rocade, même partiel, voie le jour. Avec la contribution de tous, dont le Département, aujourd’hui en difficulté financière. Le dossier de l’élargissement des voies est un serpent de mer qui avance à une vitesse reptilienne.

Ensuite, on sait bien que Monsieur Moudenc n’a jamais été un grand esthète, (souvenons-nous de sa misérable rue alsace lorraine version 1, en toc), mais imaginons un instant le visage de notre ville entourée d’un chainon aérien de voitures… Voulons-nous que notre ville ressemble au « Brazil » de Terry Gillian ?

tout-voiture moudenc toulouse pollutionAvec ces dirigeants, on se croirait dans une fable pompidolienne. Cela rappelle un peu les villes grises, mécanisées, du cinéma pessimiste des années 70, comme par exemple « Buffet froid » de Bertrand Blier.

Évidemment, l’idée que des routes supplémentaires incitent à plus de déplacements automobiles encore, et donc à plus de pollution, avec les dégâts de santé publique grave que nous encourrons, n’effleure pas l’occitaniste Jean-Michel Lattes, qui semble en réalité plus fasciné par la laideur de Los Angeles que par les verts pâturages de « soun Païs ».

Mais pour des raisons purement politiciennes, on a arrêté les programmes en cours : les tramways, le BHNS. La modernisation de nos réseaux, difficile mais réaliste au regard de la triple crise écologique, énergétique et climatique, a été stoppée, parce qu’il fallait surfer sur les exaspérations liées aux conservatismes et aux chantiers pour reprendre le pouvoir, au mépris de tout ce que l’on savait.

Alors nous allons être, nous, perclus d’anxiété dans les embouteillages, gavés d’opiums divers offerts par le Capitole. Aujourd’hui c’est la promesse d’un ciel toulousain traversé de voitures, demain peut-être nous proposera-t-on des catacombes automobiles, qui sait ?

L’essentiel est d’éluder le courage politique, d’éviter de dire aux Toulousains qu’on a changé d’époque, qu’il est temps de s’organiser autrement, de bifurquer :

  • D’imaginer par exemple d’autres temps de la vie urbaine, une concertation approfondie des déplacements.
  • De délaisser sa voiture, ce qui suppose, oui, d’investir collectivement dans le transport collectif moins polluant, moins consommateur, et plus efficace pour gérer les flux massifs.
  • Cela suppose aussi une ville plus dense, et non les palinodies capitulardes de la « densité modérée » égoïste qui sert désormais de dogme passéiste.
  • Cela suppose une politique tarifaire contraire à celle de la droite actuelle, qui incite à la voiture plutôt qu’au déplacement collectif.

Le courage politique c’est affronter le réel, et non espérer la fuite dans les airs.