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Sécurité: larmes de crocodile et irresponsabilité

 Ce lundi 12 septembre, Jean-Luc Moudenc tenait conférence de presse de rentrée.

Il y présentait certaines annonces dont on ne connaît pas encore les contours (le Conseil des droits et devoirs des familles et un Conseil des étrangers vivant à Toulouse), et tirait la sonnette d’alarme sur la situation sécuritaire à Toulouse.

Il déclarait à cette occasion : « comme tous les Toulousains, je dois faire le constat que l’insécurité augmente dans notre ville et je tire la sonnette d’alarme ».

Première largesse intellectuelle : personne n’est en mesure de faire le constat que « l’insécurité augmente ».

Tout d’abord car cela ne signifie rien. L’insécurité n’est pas une donnée quantifiable.Jean-Luc Moudenc parle t-il du nombre de faits relevés par les services de police ? Du nombre d’articles « faits divers morbides » dans La Dépêche ? Parmi ses sources d’information, parle t-il du nombre de violences conjugales, du nombre de véhicules incendiés, du nombre d’escroquerie bancaire, du nombre d’infractions à la législation sur les stupéfiants ?

D’ailleurs le lendemain de la sortie de Jean-Luc Moudenc, le préfet Pascal Mailhos publiait opportunément les premiers chiffres de 2016, qui font apparaître « une évolution de la délinquance maîtrisée » à Toulouse.

Encore une fois: prudence sur les chiffres de « l’insécurité », ils ne signifient que très rarement quelquechose (par exemple, les chiffres des cambriolages sont solides car les assurances demandent un dépôt de plainte pour les indemnisations; à l’inverse, le taux de report des violences conjugales est inférieur à 25%).

Mais ce recadrage du Préfet a le mérite de mettre en exergue la légèreté du traitement du sujet par les politiciens.

A Casa Nova, nous sommes assez responsables et attentifs sur ces questions

Et nous ne nous permettrions pas d’avancer des « augmentations » ou « diminutions » sans en préciser les détails, les sources et les sans donner d’explications. Nous rejetons donc, faute d’éléments tangibles, cette affirmation assénée avec légèreté mais à la portée potentiellement lourde (dans le sentiment d’insécurité des habitant-es).
Jean-Luc Moudenc avance ensuite, pour se libérer de son constat anxiogène, les mesures prises depuis le début de son mandat : augmentation du nombre de policiers municipaux et déploiement d’un important dispositif de vidéosurveillance. Il déclare alors avoir assumé ses responsabilités et avoir respecté la partie de son contrat, mettant l’État devant ses responsabilités.

Si nous ne sommes pas opposé-es par principe à l’augmentation du nombre de policiers municipaux (encore auraient-ils dû constituer une véritable police de proximité, et non une force qui comble les manques d’effectifs de la police nationale, dans la poursuite de ce qu’avait commencé la précédente majorité), nous rappelons ici à nos lecteurs et lectrices que les études scientifiques sérieuses ont démontré l’inefficience de la vidéosurveillance sur la voie publique, tant en termes de prévention du passage à l’acte, que de résolution judiciaire ou encore d’effet rassurant sur la population*.

Mais si la droite était favorable aux bonnes méthodes pour améliorer la sûreté sur l’espace public, ce ne serait plus la droite.

Car c’est ici que nous souhaitons porter un coup ferme aux déclarations de Jean-Luc Moudenc, qui fait peser sur l’État toute la responsabilité de cette supposée et vague « augmentation de l’insécurité ».

Entre 2002 et 2012, près de 12.000 postes de policiers nationaux et de gendarmes ont été supprimés en France, sous les coupes budgétaires de la droite, portées pour satisfaire l’idiote politique d’austérité de Bruxelles. Le service public de la sûreté (qui comprend la surveillance de la voie publique, les interventions « police secours », la recherche des auteurs d’infractions et leur remise à l’autorité judiciaire, etc) a donc grandement souffert des suppressions de postes des majorités parlementaires et des gouvernements successifs, que Jean-Luc Moudenc a toujours soutenus.

Mais que l’opposition PS au maire de Toulouse ne lève pas trop la tête, les promesses du candidat Hollande n’ont pas été tenues : il avait promis 500 créations de postes annuelles, un rapport parlementaire de 2016 conclue sur la non réalisation de ces créations.

Il est sûrement vrai que des quartiers toulousains connaissent un regain de tension liée aux trafics de stupéfiants et à leurs infractions connexes, mais il est irresponsable de crier à l’aide quand on a toujours été soutien de ces majorités obsédées par les réductions d’effectifs dans la fonction publique.

Jean-Luc Moudenc a également raison de pointer du doigt les disparités entre les ratios toulousains et bordelais du nombre de policiers par habitants : environ 1400 policiers nationaux à Toulouse contre plus de 1700 à Bordeaux, quand nous avons 200 000 habitants de plus. Mais il en est en partie responsable, solidaire des gouvernements allergiques aux dépenses publiques.

Casa Nova est favorable à un grand plan d’installation d’une police de proximité étatique, aux effectifs suffisants, à la formation renforcée et à la doctrine adéquate.

Casa Nova affirme également que les phénomènes délinquants, s’ils traversent l’histoire humaine et toutes les régions du monde, sont le fruits de désordre dans l’organisation du corps social : trafics transnationaux libérés des contrôles aux frontières, inégalités sociales et anomie sociale, injonctions au consumérisme, discriminations et ségrégation urbaine, etc.

Les questions de sécurité méritent de la tempérance et du sang-froid, des moyens et des idées novatrices. Nous n’avons plus besoin des analyses de comptoirs des bas-du-front de tous bords.

* Sur les effets de la vidéosurveillance, sources anglophones : http://bit.ly/2cHnVnn ; http://bit.ly/1CBXy9M et sources francophones : http://bit.ly/2cqY3cX

Lire aussi notre article du 18 mai 2016 : « A propos des violences policières »