terr'eau ciel

Terr’eau ciel : cultiver la ville

« Penser et agir »:

Dans sa première année d’existence Casa Nova s’est faite connaître par un travail de réflexion politique et d’écriture d’articles relatifs à l’actualité métropolitaine, régionale et nationale : le nombre et la qualité de nos lecteurs nous conforte dans la nécessité de continuer ce travail en lien avec l’actualité.  
Pour autant nous ne souhaitons pas nous limiter à ce rôle de veille et d’analyse. Nous avons une ambition politique claire : préparer ce qui doit succéder à la vie démocratique centrée autour des partis, préparer à gauche ce qui doit succéder à la sociale-démocratie libéralisée.
Casa Nova a donc décidé de chercher à identifier localement des pratiques professionnelles  ou sociales susceptibles d’illustrer ce que pourrait être à ses yeux une économie et une organisation sociale durable et enviable.
Nous nous engageons donc dans une série de rencontres de personnes ou de groupes actifs dans la métropole sur des thèmes divers, ayant peu ou prou réalisés l’amalgame entre l’éthique, la durabilité et l’inventivité que promeut Casa Nova et le pragmatisme nécessaire à une indispensable survie économique.
Chaque rencontre en accord avec les divers protagonistes fera l’objet d’une publication.
Ainsi serons nous en mesure de réaliser un état des lieux, certes non exhaustif mais représentatif, de ce que l’on nomme des communaux collaboratifs, que de nombreux promoteurs du développement durable citent en exemple ou appellent de leurs vœux.
Nous aurons  ainsi identifié sur la métropole toulousaine une série de pratique vertueuses, socle pragmatique d’un programme politique qui pourrait être établi . Nous pourrons également ainsi démontrer que les élites actuelles trouveront bien vite des remplaçants. 

Le bureau d’études Terr’eau ciel : cultiver la ville

Nous avons rencontré Florian et Laurent, salariés du bureau d’étude Terr’eau ciel, le 10 novembre 2015, afin de nous faire une idée plus précise de ce que peut revêtir la forme de production agricole qu’est « l’agriculture urbaine ». 
Celle-ci, recommandée par l’ONU, serait l’une des solutions pour nourrir les populations urbaines qui représentent près de 55%  de la population mondiale aujourd’hui et en représenteront 80% en 2030. Ce défi économique et écologique est donc important : créer des pôles urbains qui nourrissent leurs habitants.
Voyons donc Terr’eau ciel comme des « éclaireurs », de notre métropole, des pionniers de ce que nous pourrions y faire.
L’objectif principal de leur activité et de leur engagement  réside dans une contribution pour recréer un lien économiquement rationnel entre l’humain et la planète.

Nous employons le terme d’économiquement rationnel comme antagoniste des modes de production agricole actuels dont les externalités négatives (comme les effets de la pollution ou de l’appauvrissement des sols, externalités non prises en compte dans les coûts de production), empêchent ou nuisent à la viabilité de l’écosystème, et donc aux intérêts de l’humanité.Un modèle rationnel de production agricole est un modèle qui intègre la suffisance des produits et la  minimalisation des externalités négatives ( comme le chômage et la pollution). Terr’eau ciel veut donc créer des lieux et des dynamiques permettant d optimiser les espaces cultivables du tissu urbain.

Cette recherche d’optimisation des espaces cultivables se concrétise par des activités regroupées autour de trois pôles. 
  • Le premier est la création de potagers collectifs, au profit d’écoles, d’entreprises, de logements sociaux ou de copropriétés. Ginestière (2)
  • Le second pôle d’activité est celui du paysagisme comestible, activité consistant à introduire dans les espaces verts des plantes aromatiques ainsi que des arbres et arbustes fruitiers amenant une utilité au paysagisme, complémentaire de son  aspect esthétique.
  • Le troisième pôle de production est purement intellectuel,  destiné aux maîtres d’œuvres et d’ouvrage : Terr’eau ciel produit des études sociales, économiques et environnementales sur l’intégration de projets d’agriculture urbaine lors de la conception d’aménagements urbains (constructions de ZAC, rénovation urbaine…)
La concertation est systématique:
Il faut souligner (outre l’aspect écologique)  que ces trois pôles d’activité ont un point commun  fondamental : ils intègrent des phases de concertation avec les usagers des espaces concernés et établissent des mécanismes permanents de coopération. Ainsi, les usagers modèlent dans la phase de conception le projet en fonction de leur vécu et de leurs besoins, puis par la suite participent à une gestion collective et égalitaire de celui ci. Le renforcement du lien social qu’implique cet aspect est, selon Florian et Laurent, un argument socio-économique non négligeable, notamment lors des commandes publiques (mairies et intercommunalités) ou privées (comme les bailleurs et promoteurs immobiliers), ces formes de production agricole, par leur qualité sociale, apparaissant aussi comme vectrices d’apaisement et de cohésion.NDA PC 1
Nous voyons ici se dessiner trois objectifs de l’agriculture urbaine, connexes à sa fonction primaire d’alimentation:
-Le caractère responsable (contre la pollution des sols, pour la biodiversité ),
-L’amélioration du cadre de vie (le béton et le métal se vivent mieux lorsqu’ils sont intégrés à des espaces verts)
-Le renforcement du lien social. Ce troisième aspect se heurte à un obstacle vertigineux : comment recréer ce que l’économie de marché a détruit ? Quelle énergie collective devrons nous mobiliser, pour construire de nouveaux mécanismes de solidarité?
Terr’eau ciel  existe sous forme d’association depuis deux ans.

Ils envisagent dès que le seuil de rentabilité nécessaire sera franchi, de muter en société coopérative de production (SCOP) et de devenir une entreprise privée. Pour changer de modèle économique et se transformer en SCOP, il faut pouvoir dégager une rentabilité suffisante pouvant amortir une masse salariale correspondant à deux équivalents temps plein (ETP). Selon eux, ils seraient en mesure d’assumer ce basculement mais ils perdraient les avantages du statut associatif qui permet l’appel à des « contrats aidés », à une fiscalité moindre, à des financements publics.

Nous identifions ici la difficulté non négligeable de mettre en œuvre un projet scientifique et urbain avec un objectif socio-politique à travers une activité économique puisque celle-ci, à ce jour, n’est pas encore autonome vis-à-vis de l’artificialité des aides publiques. Pour autant, le jeune âge de la structure explique parfaitement ce statut, qu’il faut considérer comme protecteur pour se lancer dans le bain du secteur concurrentiel.
En termes de revenus de leurs activités, la croissance de Terr’eau ciel est importante : la première année a connu un chiffre d’affaire de 10K€, celui de la seconde s’est élevé à 100K€.  
En se projetant dans un futur politique souhaité nous avons évoqué avec nos interlocuteurs la manière de contribuer politiquement et administrativement à cette forme de production agricole.
  • En premier lieu s’impose l’intégration de ces espaces et mécanismes spécifiques aux outils de planification de l’aménagement du territoire: les plans locaux d’urbanisme (PLU) et les schémas de cohérence territoriale (SCOT), idéalement élaborés dans le cadre d’une intercommunalité.
  • Pour aider à l’attribution de projets à des structures telles que Terr’eau ciel, c’est au commanditaire d’inclure dans la rédaction des marchés des clauses permettant de favoriser l’aspect coopératif et écologique de la production attendue. Si le code des marchés publics, soumis aux règles de concurrence de l’UE, interdit les clauses de « préférence » locale, il est très possible d’inclure d’autres clauses (sociales et environnementales) qui aideraient à l’attribution des marchés à des groupes tels que Terr’eau cielSerre Flottante                        Serre flottante
Le site internet de Terr’eau ciel est ici : http://bit.ly/1H7nZq3 ; et pour aller plus loin, deux articles universitaires qui font loi sur l’agriculture urbaine : http://bit.ly/1j6grrQ et http://bit.ly/1kD1HCD