Art Gallery

Toulouse est « jeune »… Oui mais encore ???

Pas un éditorial local qui n’arbore la fierté de la jeunesse de notre population toulousaine. Et donc, on en fait quoi ? Ici, force est de constater que les réponses sont rares. Pour reprendre dans un autre sens une phrase fameuse de Pierre Bourdieu : ici pour la politique, « la jeunesse n’est qu’un mot ».

Aucune politique jeunesse digne de ce nom au Capitole

Les jeunes sont pourtant parmi nous. La municipalité doit les reconnaitre, en bâtissant une véritable politique jeunesse transversale, lisible, adaptée à leurs attentes et besoins, tels qu’ils les formulent eux-mêmes. Dans les mots, la « politique jeunesse » existe, mais rien de comparablement structuré à celle pour la petite enfance, ou les personnes âgées.

Il serait temps de changer les représentations : qui subit de plein fouet les crises ? La jeunesse. Étudiante, scolarisée, salariée, ouvrière aussi (on l’oublie systématiquement). La jeunesse est, semble-t-il, traitée par notre société comme l’angle mort, la marge d’ajustement en cas de souci. Cela est inadmissible, car c’est sacrifier l’avenir et rompre l’unité d’une société.

Toulouse, la quatrième ville de France, héberge 46,5% de moins de 29 ans. La part des 15-29 ans est surreprésentée avec 32% de la population. La réalité de la jeunesse toulousaine surpasse largement les moyennes statistiques du pays. Ce particularisme semble ignoré dans la construction des priorités politiques au Capitole.

Relevons d’abord un paradoxe : malgré le nombre de jeunes sur le territoire, ils sont sous représentés dans les sphères de décision publiques et privées (partis politiques, conseil municipal, conseil d’administration, syndicat…).

Non, les jeunes ne se désintéressent pas de la chose publique !

Cela ne signifie pas pour autant que les jeunes se désintéressent de la chose publique :

  • 80% suivent les actualités de la vie politique, 75% d’entre eux ont déjà voté, 7% se sont déjà investis dans un parti politique et 5% dans un syndicat*.
  • A Toulouse, nous avons connu une forte augmentation des inscriptions sur les listes électorales, à l’occasion de la dernière élection présidentielle (+300% entre 2010 et 2011).
  • Les formes d’engagement que les jeunes préfèrent sont non instituées. Ils se retrouvent davantage dans des organisations qui fonctionnent de façon horizontale. A cet égard ils sont sans doute les pionniers d’une nouvelle démocratie.

Le devoir des institutions locales est de tenir compte de cet aspect afin que les jeunes accèdent à la parole et à l’influence dans la cité.

Stop au paternalisme condescendant

Cessons le regard paternaliste sur la jeunesse. Cessons de considérer qu’un jeune, ça « fait la fête » en attendant de vieillir et d’avoir accès aux choses sérieuses.

Il est indispensable d’interroger le regard porté par les autres générations sur les jeunes. Généralement, lorsque nous abordons les représentations des jeunes, c’est sous l’angle d’un problème, voire d’un danger ou encore en les appréhendant comme consommateurs, en particulier de loisirs. On peut être frappé de l’expression, exprimant une crainte: « il y avait là des jeunes, assemblés ». Une logique que Nicolas Sarkozy, au plus haut niveau de l’État, avait embrasée (notamment avec l’interdiction de se rassembler en bas d’immeuble. Mais où se réunir, alors ?).

Éradiquons ces clichés ! La jeunesse toulousaine est aussi une ressource pour la Ville, y compris d’un point de vue économique. Une aspiration forte de la jeunesse est l’action, pas seulement « l’écoute » comme on a souvent tendance à le dire à sa place. On doit donc orienter la réponse publique vers l’incitation et l’appui à l’agir.

Les jeunes générations, on le sait, on pour spécificité d’apporter des compétences inédites, et de ringardiser l’ancien. Nous pouvons reconnaître à la jeunesse la capacité d’innover, de mille façons, ne serait-ce qu’en entendant leurs propositions, qui existent, et prennent forme dans l’action directe artistique, sur les réseaux sociaux, les pratiques latérales que les institutions ignorent et récupèrent des années après, parfois pour les aseptiser. Le contexte toulousain du rapport au travail conduit ces individus à s’adapter comme aucune autre génération ne l’a fait au préalable.

La jeunesse toulousaine ce ne sont pas les « Jeunes Pop » du Wallace !

Nous ne sommes pas, là aussi oublions les clichés, face à une jeunesse dorée. Les jeunes Toulousains sont en effet, particulièrement exposés à la précarité. Plus d’un tiers des ménages pauvres vivant à Toulouse a moins de 30 ans. Notons, que le temps partiel est plus développé que dans les autres villes de France.

Un jeune toulousain sur quatre occupe un emploi précaire. 12,2% des 15-29 ans n’ont ni emploi, ni formation.
58% des étudiants exercent une activité rémunérée pendant l’année dont la moitié pour la satisfaction des besoins primaires, ce qui est signe d’une véritable précarité. C’est la face peu reluisante de la success story universitaire que nos élites et médias arborent.

Pour lutter contre la précarité des jeunes, une ville peut notamment agir en développant une aide au logement et en s’impliquant sur des dispositifs d’insertion socio-professionnelle. Que veut faire l’équipe actuelle sur ces champs ? Mystère.

Pourquoi cette majorité municipale a t-elle raboté considérablement le nombre d’emplois saisonniers destinés aux jeunes au sein de la Municipalité, dont on sait qu’ils entrent de manière intéressante dans le financement des études ?

La ville doit s’impliquer davantage sur le dispositif emploi d’avenir. Cette formule n’est pas forcément simple à accompagner, mais il s’agit d’une réelle opportunité pour faciliter l’insertion socio-professionnelle des jeunes. Or Monsieur Moudenc est resté muet sur la poursuite des emplois d’avenir.

La Fondation Etudiante pour la Ville (AFEV) a développé en partenariat avec la ville de Toulouse le dispositif de colocation à projet solidaire (KAPS) en quartier populaire. Il s’agit d’un système qui répond à la difficulté de certains étudiants à se loger. En échange, ils donnent de leur temps pour des causes solidaires et d’intérêt général s’adressant aux habitants du quartier populaire sur lequel ils résident. Ces logiques nouvelles seront elles délaissées ?

Il y a des jeunesses et des réalités de vie, des chemins singuliers. Leur point commun, se projeter dans l’avenir, chercher à s’inscrire en société. Aujourd’hui, la trajectoire des jeunes n’a rien de linéaire.

Cette période de vie consiste particulièrement à penser l’avenir mais ce n’est pas une raison pour les oublier des politiques publiques en considérant que les jeunes sont en suspension. Ils existent et vivent au présent, dans cette ville. Les jeunes ce n’est pas seulement au futur.

Main dans la main, les jeunes !

Ils sont mieux placés que quiconque pour exprimer les problèmes qu’ils vivent, et pourtant silencieux dans l’espace public. Excepté lors des manifestations de masse des mouvements lycéens ou étudiants. Localement, ils n’ont pas droit réellement à peser sur les décisions publiques.

Les associer à la construction de politiques est un enjeu de taille. Ils sont capables comme chacun de formuler des avis et critiquer leur environnement de manière authentique. Ils perçoivent distinctement la conjoncture qui produit des effets concrets sur leur quotidien. Aménager des espaces où ils sont acteurs et surtout auteurs est indispensable.

Casa Nova ne fait pas la promotion du jeunisme pour autant. Être jeune ne rime pas forcément avec expertise. Il s’agit simplement de promouvoir une véritable politique jeunesse, ce qui signifie d’abord de considérer la jeunesse comme un acteur politique de premier ordre.

La vie associative, les mouvements d’éducation populaire, les acteurs sociaux, sont particulièrement impliqués sur l’accompagnement des jeunesses. Continuer de financer ces acteurs doit être une priorité. La gauche doit être très vigilante sur les choix budgétaires de la Mairie en période de tension financière. Qui sera la variable d’ajustement ? Le silence politique des jeunes les expose à ce risque.

Une politique jeunesse s’organise de façon transversale au sein de l’administration. En effet, les jeunes sont concernés par différents thèmes. Ils n’ont pas un besoin en particulier, mais c’est la ville qui doit songer à s’ouvrir à tous les âges.

Quelques pistes…

Essayons ici de souligner quelques axes pour mener une véritable politique jeunesse :

  • Accompagner les jeunes démunis
  • Créer un dispositif de financement de projets d’initiatives de jeunesse à vocation d’intérêt général.
  • Accompagner l’autonomie et l’indépendance progressive, notamment financière.
  • Faciliter l’émancipation des jeunes et la participation à la vie de la Cité.
  • Prévenir les conduites à risques.
  • Aider au logement. A cet égard, l’encadrement des loyers doit être revendiqué.
  • Prendre en compte le fait que les jeunes sont les premiers usagers des transports collectifs, et donc qu’ils souffrent de leur insuffisance.
  • Maintenir la modernisation des cités universitaires.
  • Faciliter l’accès à la culture.

Quelle est la politique de la Mairie actuelle ? Où se définit-elle et se discute t-elle avec les acteurs et la population ?

Nous ne saurions trop engager nos concitoyens les plus jeunes à secouer eux mêmes le cocotier, à imposer leur prise en compte. A se constituer eux-mêmes en force incontournable.

* Données issues d’une étude réalisée par l’AFEV en décembre 2013 : http://www.afev.fr/pdf/OJS/2014/Rapport_OJS-2014_VF.pdf