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Toulouse rive gauche

La reconquête de Toulouse viendra de la rive gauche de la Garonne… Peut-être…
En replongeant dans le temps long, en prenant du recul par rapport au vernis de l’actualité immédiate, on constate que dans notre ville, la rive gauche en général et le quartier Saint-Cyprien en particulier ont toujours été des lieux d’invention de nouvelles formes de solidarités. Pour Casa Nova, un détour par l’histoire de ce quartier est nécessaire pour mieux appréhender l’actualité et permettre à la gauche toute entière de se rassembler pour l’avenir de Toulouse.

Le Faubourg Saint-Cyprien fut longtemps une terre d’asile pour les Gascons venus de l’ouest, le refuge des pauvres, des malades, des parias et des immigrés que le centre ville rejetait. L’hôpital de La Grave est emblématique de cette fonction sociale longtemps assumée par ce quartier. En effet, cet établissement a servi pendant le Moyen Age aux populations malades de la peste puis, dès 1647, comme lieu de « grand enfermement des mendiants, prostituées et aliénés », dont 3 000 toulousains morts de la peste.L’hôpital Joseph Ducuing, autrefois appelé « hôpital Varsovie », incarne également ces formes innovantes de solidarité qui caractérisent le quartier Saint-Cyprien. Cet établissement fut fondé en 1944 par l’état major de « l’Agrupacion de guerrilleros espanoles FFI » de Toulouse dans un château de la rue de Varsovie. Le but était de prendre en charge les blessés des unités de guérilleros qui s’étaient battus en France contre les nazis aux côtés de la Résistance. L’hôpital Jospeh Ducuing a par la suite intégré, par décret interministériel, le service public hospitalier.Aujourd’hui, nous pouvons considérer les nombreux établissements du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la Ville situés dans ce  quartier comme étant les héritiers de cette « tradition d’innovation sociale ». En effet, le Centre d’Hébergement et de Réadaptation Sociale (CHRS) de la Maison des Allées, le Centre Maternel Sainte-Lucie, les services de la veilles sociale situés sur l’avenue Étienne Billières continuent, tous les jours de l’année, à accueillir et à mettre à l’abri des personnes vulnérables rejetées par le reste de la société.

Certes, à travers la consolidation de Toulouse Métropole, il est nécessaire de permettre à notre ville d’exister sur la carte de l’Europe et de créer les conditions pour que les acteurs économiques locaux puissent créer des emplois et se développer ici et ailleurs dans le monde. Toutefois, à Casa Nova, nous pensons qu’il est nécessaire, dans une perspective de reconquête de la municipalité, pour tous les mouvements politiques de gauche de se replonger dans cette dynamique d’invention de nouvelles formes de solidarités incarnée notamment par la rive gauche de la Garonne et le quartier Saint-Cyprien. En effet, pour gérer une ville « à gauche », l’inclusion « apaisée » des populations les plus vulnérables dans la société locale, tout comme l’invention de nouvelles formes de services publics locaux, doivent figurer au rang des priorités. Selon nous, l’hôpital La Grave, l’hôpital Varsovie et les établissements du CCAS incarnent ce nécessaire retour aux sources fondé sur une vision inclusive et ouverte de Toulouse.

Il est intéressant de constater qu’aujourd’hui encore, dans le quartier Saint-Cyprien comme dans le reste de la ville, les habitants eux-mêmes inventent tous les jours de nouvelles formes de solidarités, de nouvelles manières de vivre ensemble : les jardins partagés (à l’instar de celui de la rue Adolphe Coll), les associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (AMAP), les « tours de rôles » pour les gardes d’enfants à la sortie des écoles ou le soir pour permettre aux parents d’aller au cinéma etc… Selon Casa Nova, c’est aussi vers ces nouvelles manières de « faire société » que nous devons nous tourner pour refaire de Toulouse une ville ouverte et innovante, pour ramener le Capitole vers la rive gauche !

 Pour qui ne recule devant aucun raccourci, Saint Cyprien est bien entendu peuplé de « bobos ». A Casa Nova, nous ne craignons pas de l’affirmer :

Nous aimons les bobos de Saint-Cyprien !
Les « bobos » sont les bouc émissaires de tous. A croire que personne ne l’est, bobo, puisque chacun-e a une dent contre eux. La droite en particulier, et la toulousaine n’y déroge nullement, n’a pas de mots assez durs contre « ces trucs de bobos » (par exemple manger bio, trouver qu’il y a d’autres possibilités plus pertinentes que les caméras partout, ou trouver que les voitures c’est polluant).

Mais reconnaissons que ce stigmate facile, puisqu’on ne sait pas trop qui est ce bobo là, assez flou on doit le reconnaître, est partagé à gauche, au titre d’un ouvriérisme sommaire. Haro sur le  bobo. On a ainsi lu sur facebook récemment un ancien élu socialiste, dont le bilan personnel n’est d’ailleurs pas reluisant, expliquer sans gêne que « Modiano c’est un truc de bobo »…. Rien que ça…  Quand j’entends le mot culture, je sors mon compte tweeter.

St Cyprien, ancien quartier populaire, marqué par une certaine gentryfication comme tous les centres urbains, bien que conservant une certaine mixité sociale, est  dit-on un quartier de « bobos »…  Ceux ci étant méprisables, par postulat.

Disons le, à rebours, nous à CASA NOVA nous n’avons rien de particulier contre « les bobos » en tant que catégorie.

D’abord, parce que c’est une catégorie qui est contestable. Ceux qu’on appelle bobos sont souvent des salariés à profession intellectuelle, qui ne disposent ni de patrimoine ni de revenus exceptionnels ou même corrects. Ils lisent des livres et vont au théâtre, voila ce qu’on leur reproche… Pas nous. A CASA NOVA on aurait plutôt tendance à aimer la culture, comme ce qui relie les humains en ce monde.

Parfois ce sont des intermittents qui sont sur le fil, ou des intellectuels précaires. Pas du tout des bourgeois. Le concept de « bobo » veut nous convaincre que tout va bien socialement, ce qui est un mythe. Évidemment, cibler les « bobos » c’est dire à un couple éduqué, habitant dans un petit T2 en ville, qu’il est un bourgeois et doit surtout se taire, beaucoup étant plus malheureux que lui… Bref une entreprise de culpabilisation vieille comme l’existence des inégalités.

L’ordre établi a besoin de diviser pour régner. Il a aussi besoin de faire passer au second plan les divisions économiques et sociales, bref « la lutte des classes » comme fait social, au profit de divisions culturelles sciemment entretenues. Ainsi la droite américaine use de cette stratégie depuis toujours,  en dénonçant les dit « libéraux de la côte Est » (voir à ce propos le très bon essai de Thomas Frank : « pourquoi les pauvres votent à droite« ), c’est à dire les gens tolérants, en les présentant comme des menaces gravissimes pour l’ordre immémorial. Le tea party en a été la caricature extrême.

Le mot « bobo », sur utilisé par Marine le Pen, est une importation de cette méthode de guerre politique testé depuis Nixon outre atlantique : tourner les perdants du modèle économique les uns contre les autres : l’ouvrier industriel contre la psychologue à mi temps, le cheminot contre « ces salauds de profs ». Pendant qu’au sommet de la rente, on se baffre sereinement.

Surtout, que le peuple n’écoute point les intellectuels. Il pourrait se prendre d’idées dangereuses. C’est de cette manière que naissent les révolutions. Voltaire, Diderot, Rousseau… Des bobos caractérisés…. Gavroche l’avait confirmé, lui qui était tombé le nez par terre par leur faute, lors d’une réplique révolutionnaire.

A qui profite le crime contre ces prétendus bourgeois bohèmes ? Aux Bo-cons.  Bourgeois conservateurs. Ceux ci ne peuvent pas supporter les autres bourgeois, les progressistes, qui ont eu l’idée saugrenue d’épouser des idéaux ne se superposant pas immédiatement à leurs intérêts lucratifs les plus immédiats. Bref c’est d’être trop civil, pas assez égoïste, qui est leur vice.

Pour notre part, nous saluons les dits bobos de St Cyprien, qui souvent n’ont rien de bourgeois, mais sont sympas derrière leurs lunettes de gens qui lisent trop le soir. Et nous disons aux bourgeois conservateurs, bien nommés bos-cons, que nous ne sommes pas dupes.

Quant à la gauche, qu’elle cesse donc de tomber dans le piège de la division culturelle, qu’elle cesse de s’en prendre aux « bobos ». Qu’elle dise ce qui lui revient : « à bas les injustices ! ».