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Un an de politiques cyclables : les équipiers de Moudenc pédalent dans tous les sens !

La politique cyclable avait pourtant changé de braquet depuis 6 ans sous la pression des élu-es écolos.

La précédente majorité avait réorienté la politique d’aménagement de la ville pour sortir de la politique du tout voiture menée depuis les années 70, et redistribuer l’espace.
Certes, elle ne l’a pas fait partout, et si elle n’a pas vraiment réussi à faire entrer la culture vélo dans la ville rose, la prise en compte des modes actifs était devenue une constante dans les aménagements des espaces publics.
Mais alors que Jean-Luc Moudenc en 2007 avait déclaré tabou toute piétonnisation de l’hyper-centre (y compris la rue d’Alsace Lorraine), la majorité de gauche a aménagé de manière pérenne et a priorisé les modes actifs rue d’ Alsace Lorraine, sur le cardo romain et sur la place du Capitole.
Le tram Garonne a permis de redistribuer l’espace sur tout son tracé, et le projet de BHNS Ouest devait, lui aussi, redistribuer l’espace.
Et redistribuer l’espace, c’est bon pour le vélo !

Jean-Luc Moudenc a été élu avec un clientélisme pro-voiture

Ces aménagements qui ne donnaient plus la priorité à la voiture ont entrainé des changements d’habitudes et des réactions d’humeur de la part de certains usagers.
Pour qui s’est intéressé un peu à la campagne des municipales de 2014, il est assez clair que le programme de Jean-Luc Moudenc s’est constitué autour d’une stratégie de clientélisme ciblé : il s’est intéressé à tous ceux et celles qui étaient contre quelque chose (par nature bien plus réactifs que ceux qui sont pour un projet), et leur a raconté ce qu’ils voulaient entendre.
En bon stratège, JL Moudenc a donc dit aux automobilistes mécontents qu’il allait s’occuper d’eux et d’elles. Il a pris un certain nombre de leurs représentants sur sa liste, et a fait miroiter la fin des contraintes pour les voitures en promettant pèle-mêle : la construction d’une 2ème rocade située hors du périmètre de compétence de la métropole, le bouclage de la rocade arc-en-ciel, le remplacement des projets de tramways par l’aménagement très lointain d’une ligne de métro (qui ne prendra pas de place aux voitures), la construction de nouveaux parkings en ville, le retour du tarif de nuit dans les parkings en ouvrage, etc.
A contrario, les cyclistes étaient entré(-es) dans une dynamique de prise en compte de leurs problèmes  par la majorité de gauche au pouvoir, même si ce n’était pas encore la panacée .
En plus de la redistribution de l’espace, la communauté urbaine s’était fixée pour objectif d’avoir 15% des déplacements  effectués à vélo.
Et pour atteindre cet objectif, elle avait consenti un effort financier sans précédent pour notre agglomération, avec un budget annuel propre de 6 millions d’euros, ce qui, ajouté aux aménagements réalisés dans le cadre d’opérations plus globales, représente un budget de 11 millions d’euros.
Ce budget était inscrit dans le PDU et devait être maintenu jusqu’en 2020.

Jean Luc Moudenc a choisi d’ignorer les cyclistes pour flatter son électorat en fabriquant et en cultivant une stratégie artificielle de clivage des citoyen-nes, comme si les cyclistes n’étaient pas selon les moments et les jours de la semaine des automobilistes ou des piétons et inversement.
Ayant décidé  de se rallier les suffrages des automobilistes, il a logiquement ignoré les cyclistes caricaturés en bobos gauchistes.
Son programme ne comportait qu’une ligne sur le vélo, l’aménagement de Réseaux Express Vélo, thème à la mode dont son comité de campagne ne devait probablement pas savoir ce dont il s’agissait !

Depuis un an qu’il est élu, le nouveau maire a multiplié les marques de mépris à l’attention des cyclistes et continué la culture du clivage des citoyen-nes pour tenter de les opposer en dépit de la réalité : le vélo est de gauche et la voiture de droite, le tramway est de gauche et le métro de droite  !
Il faut dire que dans la totalité de la nouvelle équipe municipale, peu d’élu-es se targuent de faire du vélo .
Premier marqueur politique, l’élue dédiée à la politique cyclable a été nommée un an après les élections : visiblement, cette délégation n’était pas prévue initialement !
Puis en mai 2014 a eu lieu à Toulouse le congrès national de la FUB, la Fédération nationale des Usagers de la Bicyclette, qui a lieu dans une ville différente tous les ans.
Innovation là aussi : c’est la première fois que le maire ou le président d’agglomération de la ville hôte ne vient pas à ce congrès : les congressistes ont eu droit à seulement 15 minutes de Jean-Michel Lattes qui s’est ensuite immédiatement éclipsé (peut être pour ne pas être identifié par ses colistiers comme un dangereux gauchiste).

Anecdotique ? Probablement plutôt révélateur de l’esprit de la nouvelle majorité.
Le vélo, c’est  un joli gadget qui peut remplir les poches de Decaux quand il est en libre service, mais certainement pas une solution de transport efficace : ce qui est bien résumé par la phrase « le vélo n’est plus sacralisé » répétée à l’envi par JM Lattes.

Un an de politique de la nouvelle majorité n’ont fait que confirmer ces choix : suppression de la subvention d’achat aux vélos à assistance électrique, arrêt des projets de transports en commun de surface (tram, BHNS), ouverture de la LMSE aux voitures, affadissement du projet du réaménagement du centre-ville, laxisme sur le stationnement sauvage des voitures, etc.

Comment le pire a été évité de justesse

Restait malgré tout le budget propre de 6 millions d’euros pour continuer à créer des aménagements cyclables car il  est encore possible, à certains endroits, de faire passer des vélos sans prendre de la place à voiture.
Mais le pire était à craindre, car cela semblait encore trop pour notre bon maire qui  semblait tenté en début d’année de diviser par trois ce budget dès 2015 !
Mesure certes symbolique, car ce ne sont pas les 20 millions d’euros qui auraient été économisés d’ici 2020 qui auraient permis de financer la 3ème ligne de métro qui coûtera entre 1,5 et 2 milliards d’euros, mais révélatrice d’un état d’esprit préoccupant.
Et puis, coup de théâtre, touchés par la grâce ou par les mauvais résultats des élections départementales, les élus reviennent sur cette coupe claire et décident de maintenir le budget initialement prévu, allant jusqu’à nier avoir jamais envisagé de le modifier.
Ont-ils réalisés qu’avec un budget divisé par trois, il aurait été impossible de faire le moindre investissements, et que la politique cyclable se serait bornée à l’entretien du réseau existant ?
Se sont-ils rendu compte qu’avec une telle décision, ils auraient dit adieu aux réseaux express vélo promis par leur comité de campagne, qui auraient rejoint le «pas d’augmentation d’impôts locaux» et le «doublement de la ligne A dès la fin 2014» au rayon des promesses vite oubliées ?
Ou ont-ils intégré qu’une partie de leur électorat roule aussi  à vélo ?

La politique cyclable dépassera-t-elle le clivage gauche /droite ?

Même en adoptant les thèses de Naomi Klein qui montrent que le bon sens écologique ne passe que par une remise en question fondamentale des comportements capitalistes, la politique cyclable doit pouvoir dépasser le clivage traditionnel gauche /droite à l’heure ou la santé de nos concitoyen-nes est suspendue aux humeurs d’Éole dont l’absence est devenue synonyme d’alerte à la pollution.
Une politique favorable au vélo n’est pas forcément une politique qui s’affiche de gauche.
Il n’y a pas besoin d’aller bien loin pour s’en rendre compte : notre voisine Bordeaux, à droite depuis belle lurette, figure aujourd’hui dans le peloton de tête des villes cyclables française et Strasbourg, l’exemple français à suivre en matière de vélo, a été de gauche comme de droite.
Si Jean-Luc Moudenc se veut « Maire rassembleur de tous les Toulousains » comme il le clame, il n’a pas intérêt à stigmatiser  les cyclistes comme une partie de son équipe le lui  a fait faire sur la première année de son mandat.

Favoriser les déplacements à vélo est ce qu’il y a de moins cher : le coût au kilomètre est sans commune mesure avec des aménagements routiers ou de transports en commun. Et une personne qui se déplace à vélo gagne du pouvoir d’achat, du temps et de l’espérance de vie.
Tout incite à continuer à investir dans son développement… Car mettre des gens sur des vélos et dans des transports en commun, c’est donner de l’aisance à ceux et celles qui doivent ou veulent rester dans leurs voitures.

Un principe de réalité qui a peut être rattrapé in extremis Jean-Luc Moudenc. Casa Nova s’en félicite.