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Un grand projet à Saint Sernin ?

Place St-Sernin : un projet  étriqué pour un site majeur.

A Toulouse comme ailleurs, 2016 s’ouvre dans la presse par la revue des aménagements métropolitains qui nous attendent.
Comme annoncé: pas de bouleversements, Jean-Luc Moudenc ne voulant toujours  pas « emmerder » les automobilistes, en misant sur des travaux à minima pour son mandat, comme Casa Nova l’évoquait en septembre dernier : Rentrée municipale de Jean Luc Moudenc «un seul mot d’ordre : réaliser» 
Nous sont donc décris pêle-mêle  (entre la rénovation de quelques collèges, l’extension de la Clinique Pasteur, le Centre Commercial de la Cépière, les matches de foot au Stadium, ou le nouveau siège d’Airbus) :
    - les aménagements du centre ville que Casa Nova avait décortiqués dès mars 2015 :« la Débusquetisation de Toulouse est commencée »
    - les transports en commun à minima, avec beaucoup d’études et peu de travaux. (voir notamment  « PDU,une concertation déconcertante… »)
    - des grands projets hypothétiques (comme la LGV, dossier dont les défenseurs butent sur les financements donnant raison à notre article « Ligne à Grande Vitesse : une année zéro s’impose »)
Seul le nouveau Parc des Expositions à Aussonne et Beauzelle semble prendre corps en dépit des critiques sur sa pertinence et de son coût.
Dans cet empilage sans autre ligne directrice  que le clientélisme, l’aménagement de la place St-Sernin aurait pu devenir « le »grand projet … mais las, c’est encore une solution à minima qui semble être retenue.

Casa Nova explique :

Pour l’anecdote,  la reine d’Angleterre en visite à Toulouse aurait déclaré en 2004, avec un humour so british : «Comment peut-on construire un si bel édifice au milieu d’un parking ?»
Le traitement de cette place achoppait sur le coût potentiel des fouilles archéologiques, le sous sol étant effectivement constellé de vestiges, comme l’a confirmé la campagne de sondages réalisés par le service métropolitain d’archéologie. 
Ce service, créé par la municipalité Cohen, donne aujourd’hui à la Métropole une compétence scientifique qu’elle n’avait pas antérieurement (elle se trouvait de ce fait dépendante des expertises d’organismes extérieurs financièrement aventureuses). 
Cet aléa étant levé, les travaux sont devenus envisageables, le coût des fouilles pouvant ainsi être mieux maîtrisé.
Début 2016 et dans l’attente des décisions de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC) quant à l’ampleur des fouilles préventives à réaliser au vu des sondages et du projet d’aménagement esquissé par Joan Busquets, on s’oriente clairement  (comme l’indique Annette Laigneau, adjointe à l’Urbanisme, dans La Dépêche du 1er janvier), vers un aménagement de surface dans lequel on creuserait le moins possible afin d’éviter d’avoir à fouiller le sous sol: les trésors archéologiques seraient alors préservés pour les générations futures, mais resteraient sous terre.
D’aucun s’en sont émus, et une pétition a circulé, demandant un aménagement qui intègre une campagne de fouilles sur l’entier de la surface de la place
Mais les financiers et les stratèges de la Mairie ont promptement fait entendre raison, brandissant d’une part le coût à charge de la collectivité et d’autre part les délais nécessaires pour réaliser les travaux de fouilles: un aménagement significatif de la place ne pouvant alors pas être réalisé dans un seul mandat.

Casa Nova propose :

Pour l’aménagement de la place Saint-Sernin, Casa Nova esquisse ce que pourrait être une vraie alternative au projet étriqué que préparent M. Moudenc, ses stratèges et ses conseillers.
La question est: 
Comment pourrait on réaliser à St-Sernin un aménagement qui permette de révéler(et non seulement de préserver) les trésors archéologiques qui dorment sous cette place, avec un financement acceptable pour la Métropole, et une mise en œuvre qui ne transforme pas la place en champ de bataille inhospitalier pendant une décennie ?
Un tel projet se doit d’être partagé avec les Toulousains, mais nul ne doute de leur adhésion vu l’engouement que l’on constate à chaque opération de fouille archéologique. La Métropole aurait à coup sûr l’accord des habitants si un projet crédible leur était présenté : mais quel projet ? 
 
Convenons d’abord qu’il y a là motif à réaliser un « Grand Projet », de l’ampleur de ceux qui sont en débat, tels la Ligne à Grande Vitesse, le Parc des Expositions ou la 3ème ligne de métro: car si d’un point de vue financier ces projets coûteux et contestables sont envisagés, celui du réaménagement de la place St-Sernin ne serait pas plus onéreux et bien moins contestable … mais il intéresse moins les majors des Travaux Publics que sont Bouygues, Eiffage, ou autres Vinci, l’archéologie n’étant pas dans leurs cordes … et clairement ils préfèrent voir couler leur béton et remuer des cailloux et de la terre avec leurs bulldozer pour la Ligne à Grande Vitesse, le métro ou le Parc des Expositions que de regarder les autres explorer le sous sol de St Sernin  à la balayette et au râteau.
Mais admettons, puisqu’il faut sortir des logiques mortifères connues, que la puissance publique soit capable de résister à ces grands groupes : ce serait certes un scoop, mais imaginons que la force culturelle d’un projet soutenu par la population fasse vaciller la logique comptable d’une économie de marché vieillissante.  
Resterait à organiser et à présenter un projet de travaux et d’aménagement qui s’étalerait sur une décennie, et qui soit non seulement accepté mais porté parles usagers et les riverains.
Impossible avec les critères actuels,qui définissent un site en travaux comme un endroit hostile et dangereux qu’il convient d’éviter et donc d’écourter … mais si nous imaginions là aussi autre chose, en ne passant pas la commande suivante :« faire un projet le moins cher possible qui soit livrable pour la fin du mandat, avec le moins possible de travaux en sous sol pour éviter d’avoir à fouiller »
Si au lieu d’une telle commande, nous demandions à Joan Busquets de penser un projet qui prenne en compte la mise en valeur archéologique du site, qui s’étale dans le temps afin que la dépense soit acceptable et que les fouilles soient faites correctement, qui organise les travaux par petites zones afin de ne pas rendre impossible la vie quotidienne à défaut de la rendre aimable.
Enfin, pour compenser les désagréments, le projet pourrait inclure une mise en scène des travaux et des découvertes des archéologues tout le long des fouilles, en y impliquant des compétences diverses comme celle d’un metteur en scène (on en a de très bons à Toulouse) mais aussi les établissements scolaires voire universitaires, qui tour à tour et au fil des travaux pourraient articuler des actions pédagogiques portant sur l’histoire de la ville, qui serait alors vécue par les élèves (et leurs parents) d’une manière dynamique et attrayante.
Ce projet vivrait au fils des ans,rentrerait dans les us et coutumes des Toulousains, serait porté par eux, et se modifierait même au besoin en fonction des découvertes archéologiques successives.
Nous sommes certains que le Professeur Busquets (qui a déclaré « Nous ne voulons pas refaire l’histoire, mais le futur doit être fait avec le passé») saurait y répondre et nous proposerait de petits chantiers de fouilles successifs, un aménagement progressif des espaces libérés ou magnifiés par des découvertes,organisant peu à peu les nouvelles fonctionnalités d’un site mondialement connu.
Car s’il est une chose certaine, c’est que le fonctionnement attendu de cette place aura évolué en 10 ans, et définir aujourd’hui comme intemporels les besoins de l’instant n’a pas plus de sens que de prétendre connaître maintenant les souhaits de la génération qui suivra.
Nous aurions alors un aménagement défini autour des fonctionnalités identifiées en 2016 ou 2017, qui s’articulerait peu à peu autour de traces et des vestiges d’un passé partagé, et qui prendrait le temps de s’adapter à d’éventuels besoins différents ou nouveaux au fur et à mesure de l’avancement des travaux.
Ah ! bien sûr, les conseillers financiers, les stratèges politiques, et les majors du BTP n’auraient peut être pas le même enthousiasme que Casa Nova,l’imagination et les idées nouvelles n’ayant pas une place de choix dans la pensée unique que l’on inculque à nos élites.
Mais faire de la politique autrement c’est d’abord faire preuve d’imagination, de créativité, et pour la place St Sernin se prépare un programme éculé qui génère un projet étriqué … 
Les vestiges sont préservés et les automobilistes pas « emmerdés », mais est-on à la hauteur du lieu, de son histoire, et de son aura mondiale ?
Raté, encore une fois ?  En tout cas, Casa Nova vous offre cette idée en guise de vœux … et si on essayait ?